Le mot « sport » ferait-il peur ?
Par Julian Jappert, Directeur général, Sport et Citoyenneté
La Semaine européenne du sport s’achève. En France, elle s’est fondue dans « Septembre Bouge », premier mois national de l’activité physique porté par l’État et le mouvement sportif, avec près de
1 200 rendez-vous pour la seule Fête du sport. L’élan est réel. Reste à savoir ce qu’il en restera en octobre.
L’Eurobaromètre publié fin septembre par la Commission européenne invite à la lucidité. 36 % des Français déclarent ne jamais faire de sport, contre 39 % en moyenne dans l’Union européenne. Mieux que la moyenne, mais massif. Or, le chiffre évolue dès que l’on change les mots : interrogés sur une activité physique pratiquée pour d’autres raisons que le sport, ils ne sont plus que 12 % à répondre non (18 % dans l’UE).
Le mot « sport » ferait-il peur ? Il évoque la compétition, quand la pratique réelle est ailleurs : en plein air, dans les parcs, bien plus qu’en salle. Les Français bougent pour se détendre et prévenir la maladie, une conscience des enjeux de santé qui trouve insuffisamment d’écho dans la sphère politique. Mais ils sont bien moins nombreux que leurs voisins à le faire « pour s’amuser » : le sport leur apparaît davantage comme une obligation que comme un plaisir.
Les pays les plus actifs, Finlande, Danemark, Pays-Bas, Suède, l’ont bien compris et ne se contentent plus de financer clubs et équipements : ils organisent une société en mouvement, où sport scolaire, associatif, de haut niveau et santé publique relèvent d’une même politique. La Finlande mesure la condition physique des enfants et intègre le mouvement dans les cours et les récréations. La Suède a fait entrer l’activité physique dans le cabinet médical : prescription, suivi, recommandations fondées sur des preuves.
Qui doit porter l’activité physique de la population : les Sports, la Santé, l’Éducation nationale ou une gouvernance commune assortie d’objectifs mesurables ? Plus une politique en la matière est mûre, moins elle appartient au seul ministère des Sports. Le débat pour les prochaines présidentielles doit se saisir de cette question.
La question budgétaire est évidemment un élément majeur de l’équation au moment où, selon Eurostat, les dépenses publiques pour le sport en Europe plafonnent à 0,4 % du PIB européen. Un euro investi dans le sport ferait économiser jusqu’à treize euros de dépenses publiques selon certaines études françaises que Sport et Citoyenneté est en train de préciser. Encore faut-il que cet investissement produise une pratique réelle et quotidienne : un équipement que personne n’utilise ne soigne personne.
L’Eurobaromètre dit où en sont les pays, pas comment les plus avancés y sont parvenus. C’est précisément ce dernier point qu’étudie le réseau européen d’experts de Sport et Citoyenneté. Il n’y a pas de modèle magique à importer mais des réponses existent ailleurs en Europe. Nous en tirerons des propositions concrètes pour les candidats à la prochaine présidence française, présentées le 1er décembre lors des Conférences citoyennes du sport qui se tiendront à la Maison du Sport français à Paris.
La France possède un patrimoine sportif exceptionnel et un tissu associatif remarquable, les Jeux de Paris 2024 l’ont montré. Reste à faire du sport une manière ordinaire de vivre, et pas seulement un moment d’exception. Car les Français n’ont pas peur de bouger : ils ont peur du mot « sport ». La nuance est sémantique ; elle est surtout politique.