Retour sur la conférence finale du projet REPLAY
Le 24 mars 2026, le projet européen REPLAY tirait sa révérence lors d’une conférence en ligne réunissant acteurs associatifs, institutions sportives et organisations engagées sur les questions migratoires. Au terme de dix-huit mois d’expérimentation, l’initiative portée par PLAY International, en partenariat avec Sport et Citoyenneté et Liberi Nantes, a livré un constat clair : le sport, et en particulier le football, peut constituer un levier puissant d’inclusion pour les personnes déplacées, à condition d’être structuré, accompagné et pensé dans la durée.
Dans un contexte marqué par l’ampleur croissante des migrations, l’Union européenne comptant aujourd’hui près de 8,4 millions de personnes en demande de protection internationale, la question de l’intégration demeure centrale. Face à cet enjeu, le projet REPLAY s’est donné pour ambition de faciliter l’accès des jeunes réfugiés à des pratiques sportives encadrées, tout en renforçant les capacités des clubs locaux à accueillir ces publics.
Un partage riche autour des enseignements du projet
Dès l’ouverture de la conférence, Jeanne Delval, cheffe de projet chez Sport et Citoyenneté, a rappelé que le sport ne relève pas seulement du loisir, mais constitue un espace d’apprentissage social. « Il favorise des valeurs fondamentales comme la coopération, l’égalité ou encore le respect », a-t-elle souligné, en insistant sur son rôle éducatif et son potentiel pour apaiser les tensions.
Sur le terrain, ces principes se traduisent par des initiatives concrètes. À travers des phases d’incubation de six mois, les clubs participants ont bénéficié de formations, d’outils pédagogiques et d’échanges avec des experts, notamment en psychologie du sport. Roberto Angelucci, responsable de cette incubation chez PLAY International, a mis en avant l’impact de ces dispositifs : amélioration de la communication entre entraîneurs et joueurs, meilleure prise en compte des spécificités culturelles, et mise en place de temps de débriefing permettant de donner du sens à la pratique sportive.
Dans le club de San Lorenzo, en Italie, ces transformations ont pris une dimension très concrète. Joueuse et entraîneuse, Giorgia Spoletini témoigne d’un engagement ancien en faveur de l’inclusion. Depuis 2013, son club s’efforce d’ouvrir ses portes à des publics éloignés de la pratique sportive, notamment pour des raisons économiques. Le projet REPLAY a permis d’aller plus loin, en structurant une approche inclusive et en proposant des jeux adaptés favorisant la participation de tous. « Commencer à l’échelle locale est essentiel », résume-t-elle, plaidant pour des initiatives ancrées dans les territoires.
Au-delà des expériences individuelles, la conférence a également mis en lumière le rôle croissant des institutions sportives. Créée en 2015, la Fondation UEFA pour l’enfance a déjà soutenu plus de 600 projets dans 150 pays, combinant sport et éducation pour favoriser le développement social. Selon son responsable administratif, Cyril Pellevat, les clubs professionnels sont désormais incités, voire contraints, d’intégrer des stratégies de responsabilité sociale pour participer aux grandes compétitions européennes.
Dans certains contextes, comme à Malte, ces politiques s’étendent jusque dans les centres d’accueil et de détention. La fédération nationale organise des activités sportives variées, du football au yoga, en partenariat avec des clubs locaux. Pour Peter Busuttil, responsable de la responsabilité sociale de la fédération, « le football est un moyen, non une fin » : l’objectif reste la création de liens sociaux et l’intégration des personnes.
Favoriser une meilleure inclusion des filles et des femmes
Malgré ces avancées, un défi persistant demeure : l’inclusion des femmes et des jeunes filles réfugiées. Tous les intervenants s’accordent sur ce point : leur participation reste limitée et difficile à maintenir dans le temps. Les contraintes sociales, économiques ou familiales, ainsi que les stéréotypes de genre profondément ancrés, freinent leur engagement. Même lorsque ces femmes accèdent initialement aux programmes, leur fidélisation reste incertaine, notamment lorsqu’elles quittent les structures d’accueil.
Ce constat souligne les limites des politiques actuelles et la nécessité d’adapter les dispositifs. Car si le sport offre un espace de rencontre et d’émancipation, il reproduit aussi certaines inégalités présentes dans la société.
Est-ce suffisant ?
En définitive, la conférence REPLAY esquisse une double perspective. Elle confirme d’abord l’efficacité du sport comme outil d’inclusion, capable de créer du lien et de renforcer la résilience des jeunes déplacés. Mais elle rappelle aussi que cet outil ne saurait suffire à lui seul : son impact dépend des conditions dans lesquelles il est déployé, de l’engagement des acteurs locaux et de la capacité à lever les obstacles structurels, en particulier ceux liés au genre.
À l’heure où les crises migratoires s’intensifient, ces enseignements pourraient bien servir de base à de futures politiques publiques, appelées à faire du sport un véritable instrument de cohésion sociale.