Tests de féminité réintroduits par le CIO : retour d’un débat explosif
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3 avril 2026

Tests de féminité réintroduits par le CIO : retour d’un débat explosif

Par Claire Nowicki, chargée de mission affaires européennes.

Près de trente ans après leur retrait officiel, les tests de féminité font un retour controversé au sein du mouvement olympique. Le 26 mars dernier, le Comité International Olympique (CIO) a officialisé la réintroduction du dépistage génétique obligatoire via son nouveau cadre de référence sur « la protection de la catégorie féminine dans le sport olympique »1. Cette mesure, loin de faire consensus, divise les experts et soulève des enjeux éthiques majeurs pour l’intégrité des athlètes.

Le retour d’une vision strictement biologique et binaire de l’éligibilité

Sous l’impulsion de Kirsty Coventry et à la suite de polémiques ayant marqué les épreuves de boxe aux JO de Paris 2024, le CIO opère un tournant. Si le recours à des tests génétiques relevait jusqu’alors de la discrétion des fédérations internationales, il deviendra obligatoire pour toute manifestation olympique dès les Jeux de Los Angeles 2028. Cette mesure fait écho au climat politique dans le pays hôte, où des discours prônant une vision strictement binaire du sexe influencent désormais les régulations sportives.

« Le recours à des tests génétiques deviendra obligatoire pour toute manifestation olympique dès Los Angeles 2028. »

Une règle unique s’impose alors : la catégorie féminine sera réservée aux « femmes biologiques ». En pratique, le CIO mise sur la détection du gène SRY (en partie responsable du développement de caractéristiques biologiques masculines). Un test positif n’entrainera pas une disqualification immédiate : des examens complémentaires seront mis en place pour évaluer si le taux de testostérone confère un avantage compétitif jugé disproportionné.

Bien que présentée comme une garantie d’équité, cette réglementation agit de fait comme un levier d’exclusion des athlètes transgenres et intersexes.

Entre questionnements scientifiques et risques juridiques

Face à cette mesure, de nombreux experts soulignent la complexité biologique de la détermination du sexe. Différents travaux scientifiques, des études pionnières d’Anne Fausto-Sterling2 jusqu’aux derniers positionnements de la Société de génétique humaine d’Australasie (HGSA)3, mettent en avant la façon dont ce qu’on appelle « sexe » d’une personne résulte d’une interaction complexe de facteurs chromosomiques, gonadiques, hormonaux et phénotypiques, et qu’analyser ces gènes séparément est une impasse scientifique qui fausse notre compréhension du développement humain4. Dès lors, comme avancé par la European Society of Human Genetics5, le test SRY ne saurait constituer une base scientifique valide pour déterminer le sexe et donc décider de l’éligibilité d’une athlète.

Dans un article récent, les chercheurs Marcus Mazzucco, Sarah Teetzel et Silvia Camporesi6, soulignent qu’il n’existe aucune donnée indépendante démontrant un avantage athlétique qui s’expliquerait par la seule présence du gène SRY. Cette analyse est d’ailleurs corroborée par un éditorial portant sur l’intégrité des athlètes transgenres au cœur des réglementations7, qui invite à éviter les généralisations ne reposant sur aucun fondement scientifique solide, rappelant que la recherche sur la performance des femmes transgenres demeure non concluante et ne permet pas d’établir de preuve d’un avantage déterminant.

« Au-delà de la biologie, ce test soulève des enjeux juridiques. »

Au-delà de la biologie, ce test soulève des enjeux juridiques. En France, cette réglementation va à l’encontre des lois de bioéthique et du Code civil, qui restreignent les tests génétiques au cadre médical ou de la recherche. De plus, si on considère le règlement européen sur la protection des données (RGPD), le traitement de ces données sensibles pose la question du consentement des athlètes qui, contraintes de se soumettre au test pour concourir, perdent de fait la liberté de consentir. Ces enjeux sont détaillés dans une déclaration collective8 signée par une centaine de juristes alertant sur le fait que ce test contrevient aux cadres juridiques nationaux et internationaux, ainsi qu’aux droits fondamentaux.  

Par ailleurs, le manque de transparence sur le cadre de cette mesure de la part de l’instance olympique, qui n’a pas annoncé l’identité des experts ou des athlètes consultés, alimente les doutes sur la légitimité de cette réforme.

Une règlementation discriminatoire qui menace l’intégrité des femmes et jeunes filles

En imposant une définition restrictive de la féminité via ces tests obligatoires, le CIO contredit directement sa propre Charte et son cadre relatif à la non-discrimination sur la base de l’identité de genre et des variations sexuelles établie en 20219. Cette prise de position prend le contrepied de tout le travail du comité pour assurer un environnement olympique sûr pour tous et toutes les pratiquant.es, et altère la légitimité de l’institution. Et elle aura pour conséquence une restriction de l’accès des femmes aux compétitions sportives, déjà proportionnellement moins actives que les hommes.

De plus, cette focalisation sur le gène SRY semble occulter les véritables défis structurels du sport féminin. En se concentrant sur la surveillance biologique, l’institution risque de masquer les enjeux prioritaires : les écarts de rémunération, le manque de financement et de représentation ou encore les violences sexistes et sexuelles.

Au-delà des débats techniques, la mise en place de ces tests menace l’intégrité et la dignité des femmes et jeunes filles. Ce dispositif expose les athlètes à un traumatisme multidimensionnel, médical, psychologique et social, qui peut mener à des fins de carrière prématurées et à une précarité financière accrue. Un témoignage de Caster Semenya10 illustre la violence de ces mesures, dénonçant cette pratique comme « un manque de respect envers les femmes. » [traduction de l’autrice] Il faut également noter que seules les athlètes féminines sont visées, sur la base de préjugés sexistes selon lesquels les femmes se doivent de ne pas trop performer, au risque de voir leurs caractéristiques biologiques remises en question.

« Sport et Citoyenneté s’engage pour un modèle sportif réellement inclusif, ouvert à toutes et tous, un sport où la performance féminine est valorisée pour ce qu’elle est. »  

Sport et Citoyenneté s’engage pour un modèle sportif réellement inclusif, ouvert à toutes et tous. Nous plaidons pour un sport où la performance féminine est valorisée pour ce qu’elle est.

Le Think tank partage les convictions défendues par l’Association Alice Milliat et la Fondation FIER. Nous soutenons également la déclaration11 lancée par la Sport & Rights Alliance, ILGA World, Humans of Sport, et signée par plus de 140 organisations, qui appelle au renoncement immédiat de cette règlementation. Nous défendons le même constat que ces organisations : le CIO doit respecter les engagements de la Charte olympique en garantissant un accès au sport exempt de discrimination.

« Il est temps de promouvoir des performances sportives affranchies des contrôles biologiques. »

Il est temps de promouvoir des performances sportives affranchies des contrôles biologiques, afin de garantir le respect de la dignité et des droits fondamentaux de chaque athlète.


[1] IOC Policy on the Protection of the Female (Women’s) Category in Olympic Sport and Guiding Considerations for International Federations and Sports Governing Bodies, Mars 2026, https://stillmed.olympics.com/media/Documents/International-Olympic-Committee/EB/policy/policy-on-the-protection-of-the-female-category-english.pdf

[2]A. Fausto-Sterling, Sexing the body: Gender politics and the construction of sexuality. Basic Books, 2020.

[3] Human Genetics Society of Australasia (HGSA), Position Statement: Mandatory SRY Gene

Testing in Athletes Competing in the Female Category, 2025. https://hgsa.org.au/common/Uploaded%20files/Position%20Statements/HGSA%20Position%20statement%20SRY%20gene%20testing%20in%20female%20athletes%2029%20August%202025.pdf

[4] Sexing the body: Gender politics and the construction of sexuality. Op. cit.

[5] The European Society of Human Genetics (ESHG), Proposed SRY test to determine athletes’ sex should be treated with caution, 2025. https://www.eshg.org/news/news-details?tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=81&cHash=4623c0a023cac2fdadac3ab05861c2cd

[6] M. Mazzucco, S. Teetzel et S. Camporesi, “The return of sex testing in sport risks harming women athletes rather than protecting them”, The Conversation, 2026. https://theconversation.com/the-return-of-sex-testing-in-sport-risks-harming-women-athletes-rather-than-protecting-them-279074

[7] M. Pape et al. Integrity is needed in the regulation of transgender athletes and athletes with sex variations, British Journal of Sports Medicine, 60(1),2026 https://doi.org/10.1136/bjsports-2025-110042

[8] A. Duval et al., Joint Statement from Legal Experts on Genetic Sex Testing in Sport, Mars 2026

https://www.asser.nl/SportsLaw/Blog/author/Antoine-Duval

[9] IOC Framework on fairness, inclusion and non-discrimination on the basis of gender identity and sex variations, 2021 https://stillmed.olympics.com/media/Documents/Beyond-the-Games/Human-Rights/IOC-Framework-Fairness-Inclusion-Non-discrimination-2021.pdf

[10] Caster Semenya labels Olympic sex verification tests ‘a disrespect for women’,The Guardian, 29 mars 2026.

https://www.theguardian.com/sport/2026/mar/29/caster-semenya-olympic-gender-verification-tests-disrespect-for-women

[11] Sport & Rights Alliance , ILGA World, Humans of Sport, Olympics: Sex Testing Harms All Women and Girls,joint Statement, Mars 2026 https://sportandrightsalliance.org/wp-content/uploads/2026/03/SRA-press-release_FR.pdf

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